autor: Magdalena Kobis - du Sabre
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Czaszka Zeusa

¶roda, 10 lutego 2016

Dziura w Bucie (1) : Entre rêve et cauchemar

Comment imaginons-nous la vie quotidienne dans un hôpital psychiatrique de notre époque ? Probablement, comme beaucoup de choses que nous n’avons pas vécues nous-mêmes, à partir de nos souvenirs de films ayant pour cadre ces établissements. Nous sommes conscients que le cinéma doit produire du spectacle et nous nous disons qu’il n’y a peut-être pas autant de cris, de souffrances, de violences, que dans ces films, de même que la vie d’un inspecteur de police n’est pas aussi mouvementée que dans les séries policières. Au fond, nous ne savons rien. Nous ne savons pas ce que c’est qu’une personne schizophrène, une personne bipolaire. Nous savons encore moins ce que cette personne peut ressentir en hôpital fermé, ce qu’elle vit réellement. Et nous pourrions regarder des dizaines de documentaires télévisuels que nous n’en saurions pas beaucoup plus.

Dziura w Bucie n’est pas une autobiographie ni un témoignage parmi d’autres rédigé par un malade ayant une belle plume. Mada, c’est vous et c’est moi, et nous vivons un cauchemar : nous sommes malades sans le savoir et nous voilà plongés dans un hôpital psychiatrique au milieu de gens malades eux-aussi, et qui ne le savent pas toujours. Le « je » de Dziura w Bucie est un « je » très particulier, c’est le « je » du lecteur quand il rêve, le « je » d’un observateur qui a conscience de l’étrangeté du monde qui l’entoure et des situations qu’il vit. Magdalena Kobis, a perdu une partie du sentiment d’étrangeté que nous avons vous et moi, nous « les gens normaux ». L’univers interne de Dziura w Bucie, c’est le monde tel qu’elle le voit, et tous ses efforts de romancière consistent à nous rassurer, à nous faire admettre que ce monde existe, qu’il est cruel mais que l’on peut y survivre, qu’il reste un espoir de bonheur malgré la maladie et les souffrances. En somme, le « je » de ce roman est aussi éloigné du lecteur que de l’auteur : c’est pour cela que Mada, c’est vous et c’est moi, et que nous sommes plongés dans un enfer captivant, attachant même, dans lequel l’auteur nous guide avec clairvoyance, mais aussi avec une grande tendresse.

Le lecteur plongé dans Dziura w Bucie est fatigué, épuisé même, et il ne comprend pas ce qu’il lui arrive. Autour de lui, la vie palpite et les personnalités fortes de ses compagnons d’infortune le renvoient à sa médiocrité. Marie-Gaëlle le fait rêver, il voudrait être comme elle, parce qu’elle dégage quelque chose d’incroyable et qu’il ignore tout de ses souffrances. La lectrice souhaiterait rêver éveillée comme Tamiko, et croire à ses rêves, croire qu’elle a enfanté alors qu’elle berce dans ses bras une poupée en plastique.

En polonais, les pronoms personnels sont peu usités au nominatif (les verbes viennent donc sans sujet), et les articles définis ou indéfinis n’existent pas : le polonais nous « jette » donc au cœur des phrases comme Magdalena Kobis nous plonge dans le bâtiment Laforce de la Pitié-Salpêtrière. Les versions françaises et anglaises introduiront les mots-clefs de ses phrases, mais souhaitons que les traducteurs sauront garder à ce récit sa proximité avec ses personnages et son décor, c’est-à-dire avec le réel, car tout ici est palpable : tout ce qui est dit dans ce livre, aussitôt qu’il est nommé, devient familier comme le sont vos parents proches. Marie-Gaëlle n’existe pas seulement dans la réalité (je l’ai rencontrée, bien sûr), elle existe pour le lecteur de Dziura w Bucie par la magie de l’écriture de Magdalena : vous aussi qui avez lu ce livre, vous la connaissez. Et si vous la rencontriez un jour, vous la respecterez immédiatement, vous serez impressionné et ne vous sentirez pas à la hauteur, tout simplement parce que c’est une héroïne de Dziura w Bucie. A quand donc les traductions de ce livre magnifique ?

(1) : Traduction littérale, en attendant le titre choisi pour une traduction française : (Le/Un) trou dans (la/une) chaussure. Ce titre fait référence à la pauvreté habituelle des malades mentaux. Dziura w Bucie est le premier tome de la série Czaszka Zeusa / Le Crâne de Zeus dont les tomes suivants sont en cours de rédaction.

Wydawnictwo Novae Res



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